Fédération Internationale de Thérapie et de Relation d'Aide par la Médiation

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Date de publication : 10•05•2010
Auteur : Jean-Pierre Klein
Catégorie : Thérapie par l'art
Lien : Médiation en prison
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L’incarcération est la répétition à l’infini d’un temps immobilisé…

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Médiation en prison

Vers la vie

L’incarcération est la répétition à l’infini d’un temps immobilisé, “la suspension de mes actes et l’interruption de mes actions”(1) écrit Bernard Stiegler à propos de ses cinq années passées dans les prisons de Toulouse et de Muret.
C’est ce que je nomme dans mes écrits(2) : la /non-vie/, autrement dit l’inertie, la perduration du même, le temps arrêté. Je le singularise à partir de l’Asile, cette “machine congelante” qui neutralise la folie perçue comme danger pour soi-même ou pour autrui, selon la célèbre formule de l’internement régi par la loi de 1838, comprenons comme risque d’auto- ou d’hétéro-destruction.
La prison de la même façon est immobilisation dans “l’invariable” pour reprendre un autre mot de Stiegler.
Voyons comment elle se place dans le processus :
L’acte criminel originel de destruction est de l’ordre de ce que j’appelle l’/anti-vie/ que l’on peut aussi appeler la /mort/ comme instance active meurtrière réelle ou symbolique.
Face à ce scandale, la société met en place de l’/anti-mort/, qu’on peut appeler de la /non-mort/ sous forme de la séquence : enquête policière et arrestation qui est un acte social répondant à l’acte criminel individuel, instruction et déroulement d’un procès menant à cette condamnation à la /non-vie/, ce temps et cet espace immobiles de la prison.

Comment le médiateur s’inscrit-il dans cette logique ? Il est suscité non par le crime mais par la détention en institution, c’est dire qu’il part non de la /Mort/ individuelle causée par un individu mais de la réaction sociale à cet acte.
Tiers dans une société le plus souvent bloquée, il se confronte d’abord à cette /non-vie/ : sa seule présence, le seul fait de sa proposition constitue une tentative d’introduire un événement qui est une ébauche de remise en mouvement. Ce mouvement en outre n’est pas gratuit : il aboutit à une construction qui est la création, terme qui renvoie tant à l’acte de créer qu’à son résultat.
Stiegler parle de la privation du milieu externe, de l’absence du monde au fond de sa cellule, ce qu’il a résolu naguère par un /devenir-philosophe/ nourri de Socrate, de Platon, d’Aristote et de Mallarmé. Il a introduit de la vie, c’est-à-dire du dynamisme, dans ce temps arrêté.

Les expériences d’interventions d’artistes, de médiateurs artistiques, d’art-thérapeutes dans les prisons(3) –mais on peut en dire autant des médiateurs animaux qui y développent des expériences fort intéressantes- dont nous connaissons les expériences(3) sont irruption du monde extérieur, proposition d’un processus dynamique aboutissant à œuvre. Ils permettent le franchissement de toutes ces étapes de la /mort/ à la /vie/, ce qui pouvait sembler divertissement se révèle ainsi réanimation.

La séquence est donc :

  1. /Mort/Passage à l’acte/ Destruction/
  2. /Non-Mort/ Acte de suspension de l’acte/ Acte d’interruption des actions par l’enfermement/
  3. /Non-Vie/ Immobilisation de l’espace et du temps/
  4. /Vie/Mouvement/Construction/Dynamisme/

Notes

  • (1) B. Stiegler, Passer à l’acte, Paris, Galilée, 2003, p. 30
  • (2) Klein J.-P., Petit voyage iconoclaste en psychothérapie, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2006
  • (3) On trouvera de nombreux exemples de médiations artistiques en prison dans le numéro 84/85 (2003) de Art et thérapie «  En prison : L’art en liberté surveillée » : Théâtre, tournage de films, danse, vidéo, marionnettes, peinture, etc. 108 pages (contre un chèque de 21€ adressé à Mme Anne Poly, 1 rue de Verdun, 75010 Paris)

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